Dix jours à Cape Town (Afrique du Sud) du 26 avril au 7 mai 2004 par Bardaf
Dès l'arrivée, je rencontre quelques kitesurfeurs venus ici profiter du climat excellent. Il y a entre 15 et 35 °C près de la mer, vu qu'ici, c'est la fin de l'été. Cela kitesurfe partout, il suffit de regarder en l'air sur la route qui longe les plages en sortant au nord de la ville pour s'en rendre compte. Cape Town et situé au départ de l'isthme qui constitue le Cap de Bonne Espérance, donc il y a l'océan à l'ouest (Table Bay) mais aussi au sud-est (False Bay avec les plages de Muizenberg).
On me prévient de suite, l'ennemi ici, c'est le requin, et dix jours avant un kitesurfer a perdu un bras, et un autre une partie de l'abdomen. Les locaux proposent aux touristes la plongée en cage au milieu des requins, et ils les appâtent avec viande et sang pas très loin des plages.
Le journal montrera pendant mon séjour la photo d'un grand requin blanc de +- 5m qui taquine la poupe d'un bateau à moteur.
Samedi 1er mai, je suis prêt à l'aube, mais la coordination n'étant pas parfaite, c'est vers 15 heures qu'on vient me chercher pour aller vers le nord, à Milnerton. C'est un club situé à 30 min de la ville sur un étang assez grand, club qui produit régulièrement un gars du top 10 sud africain. Il y avait des rafales pas mal en ville, ici on a du 6 Bft environ. Mathias , le dit vice-champion junior, n'a pas encore un matériel énorme: quatre planches (Formula BIC , Free Style HiFly, Wave custom et slalom F2 Sputnik) et cinq voiles; il sort deux Naish Boxer, la 4.5 pour lui, la 5.4 pour moi. J'avais emmené ma combi, on me cherche un harnais; évidemment, d'une part le garçon a un gabarit différent du mien (+- 25 kg de différence tout de même) et d'autre part il utilise un bon harnais, il en a deux autres mais qui ont déjà pas mal vécu.
Il prend sa Free Style et me laisse la F2, une planche qui a déjà une dizaine d'années. Bien que sponsorisé, Mathias n'a pas un matériel décoiffant. Cela viendra peut-être cette année, vu qu'il fait ses débuts chez les seniors.
Le vent est un peu affaibli au bord, et se renforce au fur et à mesure qu'on avance vers la rive d'en face. Je tiens la 5.4 avec peine, tachant de trouver mes repères et réglages sur la Sputnik, mais pas de chance, après 100m la barre du harnais se décroche d'un côté et je me retrouve utilisant la force des bras. J'ai la malheureuse idée de poursuivre la traversée, puis de revenir. Et revenu au bord, mes pauvres bras sont déjà à moitié foutus.
Je raccroche le harnais, cette fois ça tient. C'est reparti. J'ai un peu de mal à trouver les straps, et au retour je stoppe et observe Mathias faire. Alors que je tiens à peine le matos, lui arrive comme en ballade, et fait un petit saut qui lui fait atterrir en sens inverse, puis il fait son jybe en marche arrière ... Aujourd'hui, il loupe chaque changement d'amure final, mais croyez-moi, voir la manoeuvre effectuée jusqu'à ce stade par ce vent très physique, cela me mine déjà le moral. Moi, j'ai l'impression que mes avant-bras ont gonflé pour remplir les manches de ma combi ...
Ma consolation, c'est qu'en vitesse, je suis tout à fait honorable, je le gratte de temps en temps. Mon père m'explique que "le gamin ne pense qu'à s'amuser" avec sa free style, et qu'il ferait bien de naviguer plus souvent sur la planche de slalom, histoire de se préparer aux régates du club, le lendemain. C'est vrai que j'ai 1 m2 et 25 kg de force de réaction en plus.
Je ne passe pas un jybe, je ne m'y attendais pas d'ailleurs vu les conditions, mais il ne manque pas grand chose: c'est toujours au changement d'amure que cela foire. Je fatigue vite et m'arrête, alors que Mathias continue à s'amuser "gentiment".
Dimanche, rebelote, il y a régate au club. Je navigue donc avant et après, pendant les régates Mathias prend la F2. On monte une Naish Stealth 6.5. Le vent, faible le matin, est supposé monter graduellement l'après-midi pour finir assez fort. Je m'amuse bien, il fait plus chaud qu'hier, on a un petit 6 BFT, de nouveau je loupe mes jybes au rattrapage (je vais plus souvent de l'autre côté pour arrêter et repartir au waterstart "sur haut-fond"), de nouveau en vitesse je fais assez fort (cette Sputnik me fait fort penser à ma Screamer, sur eau plate c'est un avion ce truc) , grattant grand nombre d'autres planchistes.
Mais voilà les régates qui s'annoncent: l'échauffement d'abord, je laisse la F2 à Mathias et profite du spectacle. Il y a là un citoyen qui à fait 11e mondial (le papa à Mathias ne sait pas dans quelle discipline), et qui laisse tout le monde assez loin derrière à chaque parcours. Mathias fait ses premières armes chez les adultes, il est 3e ou 4e à chaque parcours, en tombant deux ou trois fois au jybe, et en se faisant coiffer maladroitement une fois ou deux. Il manque de métier, la concurrence doit être plus rare chez les juniors. Par contre une fois parti et sans incident, il rivalise avec les 3 meilleurs.
Le meilleur s'arrête avant le dernier parcours "je n'ai pas besoin de gagner ici". La dernière régate a lieu, on ramène les planches. Une conclusion: ce sont les Starboard qui gagnent ici, les deux premiers sont sur une Starboard 100. Celui qui a laissé la victoire navigait avec la Neil Pryde RS4. Pas à dire, elle est efficace, et quel shape parfait. Le profil est impressionant. Juste que je ne voudrais pas la sortir au waterstart, avec son double profil très long, on doit en sortir 20 litres ! Je peux donc reprendre quelques bords, le vent diminue et 6.5 est un peu juste pour moi. Ce sont les conditions ou on pulvérise les autres sur un bord, parce qu'on est parti au bon moment au bon endroit et que le vent est juste adapté, et sur le bord suivant on est scotché à l'eau et c'est un autre qui passe juste à côté en éclaboussant. Alternance de jouissance et de frustration. Une journée super amusante en tout cas.
Bref, deux jours comme il en faudrait chaque week-end ici.
Il parait que l'été (leur été va de décembre à février), chaque jour se termine avec un thermique à 8 BFT sous un ciel bleu... Le thermique le plus puissant du monde, dit Mathias. Il veut dire puissant ET régulier, je suppose. Et résultat, une brochette de champions passe un ou deux mois ici chaque année, et Mathias bénéficie régulièrement de conseils de pros. Une très intéressante alternative comme destination hivernale donc. Je comprends qu'on arrive à son niveau avec un plan d'eau à 30' de la maison, un container (partagé à 2) pour le matos au bord de l'eau et de telles conditions météo.
Que vous dire de plus ? Le pays reste soumis à d'énormes tensions sociales, malgré la disparition de l'apartheid "légal", et donc la sécurité est un souci en Afrique du Sud. Mais moins à Cape Town qu'ailleurs. Faut pas traîner n'importe où à la nuit tombée, c'est tout. J'ai logé dans un "backpackers" (auberge à routards) très animée et sympa, le Green Elephant, situé dans le quartier de l'Université, quartier plein de restos/bars pas chers et sympas. Il y a énormément de choses à voir pour qui aime la nature.
Voilà, c'est avec regrets que j'ai quitté en ayant bénéficié que d'un week-end. J'attends avec impatience une nouvelle mission là-bas, à la bonne saison.